Troubles du rythme jonctionnel

PRISE EN CHARGE : Dans le cadre de l’urgence

Chez le patient habitué à avoir des accès de tachycardie jonctionnelle, la réduction s’obtient souvent spontanément après quelques dizaines de secondes ou plusieurs minutes, parfois encore après réalisation de manoeuvres vagales effectuées par le patient lui-même.


Parallèlement, certains patients ont pour habitude de s’automédiquer avec un comprimé d’inhibiteur calcique ou de bêtabloquant. Compte tenu de leurs délais d’action, cette solution est rarement efficace pour la réduction de la crise. Au mieux, elle évite des récidives précoces.


En cas de prise en charge médicalisée, la tentative de réduction se fait en premier lieu par des manoeuvres vagales : le massage sinocarotidien est la solution de choix, plus confortable que la compression des globes oculaires. Idéalement, il est réalisé chez un patient scopé, perfusé, l’ECG enregistrant l’épisode en continu permettant une analyse rétrospective de la réduction (s’il s’agit bien d’une TJ) ou du ralentissement de la tachycardie (s’il s’agissait
finalement d’une tachycardie atriale).


Cependant, il est fréquent que la crise résiste aux manoeuvres vagales et qu’il faille envisager une solution médicamenteuse.


Le choix thérapeutique comprend l’acide adénosine diphosphorique (ADP) (Krenosint) et l’acide adénosine triphosphorique (ATP) (Striadynet), les inhibiteurs calciques bradycardisants tels que le vérapamil (Isoptinet) ou le diltiazem (Tildiemt) et les bêtabloquants intraveineux.


L’ADP et l’ATP, puissants parasympathomimétiques ne sont efficaces qu’en injection intraveineuse directe très rapide, à la dose de 3 mg initialement pour l’ADP et de 20 mg pour l’ATP, les rares cas d’échecs étant dus à la présence d’une tubulure de perfusion trop longue amortissant l’effet du traitement ou à une récidive précoce de la TJ. Dans ces cas, on peut renouveler un bolus de 6, voire 12 mg pour l’ADP et de 20 à 40 mg pour l’ATP dans les minutes suivantes. Avant l’injection, on prévient le patient de la sensation désagréable de vide ou de « malaise » survenant dans les secondes suivant l’injection. L’ADP et l’ATP sont absolument contreindiqués en cas d’asthme ou de bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) sévère, ainsi qu’en présence de troubles conductifs atrioventriculaires ou sinoatriaux sévères. La grossesse ne constitue qu’une contre-indication relative (en l’absence d’incidents rapportés) qui fait préférer les bêtabloquants.

Compte tenu de la possibilité d’une pause sinusale ou ventriculaire à la
réduction, on prépare par sécurité une ampoule d’atropine. Les inhibiteurs calciques sont de plus en plus souvent utilisés pour la réduction d’une TJ, car mieux tolérés. Le vérapamil s’utilise à la dose de 5 à 10 mg en intraveineux lent (2 à 3 minutes), répétable sous 10 minutes en cas d’inefficacité. Le diltiazem est administré de la même façon à raison de 0,25 mg/kg. En dehors des contreindications formelles liées à leurs propriétés inotropes et chronotropes négatives (bloc sinoatrial ou atrioventriculaire des 2e et 3e degrés non appareillés, insuffisance cardiaque, hypotension artérielle), l’utilisation des inhibiteurs calciques est déconseillée pendant la grossesse, en l’absence de données suffisantes pour juger d’un éventuel effet malformatif.

Le bêtabloquant le plus utilisé compte tenu de sa demi-vie très courte est l’esmolol (Brévibloct) à la dose de 0,5 mg/kg administré sur 1 minute. En dehors des contre-indications vis-à-vis d’un trouble conductif ou d’un état hémodynamique précaire, l’esmolol est utilisable chez la femme enceinte.


La résistance de la crise à ces différents bradycardisants est exceptionnelle et doit remettre en question le diagnostic de TJ (tachycardie atriale, tachycardie ventriculaire à QRS fins de type fasciculaire). En dernier recours, le retour en rythme sinusal peut se faire par choc électrique.


Au décours de la réduction, l’hospitalisation est rarement justifiée sauf complication (surtout à type d’angor chez le sujet âgé) ou en cas de récidives précoces.